16 juillet 1944  
 

 

Représailles à Grattery et Montigny-les-Vesoul. 

En ce mois de juillet 1944, l’Allemand occupe toujours le département mais la population n’ignore pas que les troupes alliées débarquées le 6 juin sur les côtes de la Manche progressent lentement mais sûrement vers Paris. Pour tous, la libération n’est plus qu’une question de mois. Le moral évidemment s’en ressent et la résistance, après avoir encaissée des coups très durs durant l’hiver 1943-1944, s’est reconstituée et se montre de plus en plus agressive. Ainsi, le 13 juillet au soir, un résistant, surpris dans le village de Grattery, abat deux soldats du poste de garde et peut se dégager. Le lendemain, un troisième militaire, de garde dans la tranchée de la voie ferrée entre Vaivre et Grattery, est tué à coups de fusil.

A Montigny-les-Vesoul, la jeunesse organise le 14 juillet une manifestation bruyante qui traverse le village en chantant l’Internationale et la Marseillaise, drapeau tricolore en tête, et marque l’arrêt devant le monument aux morts. Les Allemands ont-ils eu connaissance de cette manifestation ? C’est probable. Des sentinelles gardent la voie ferrée Vesoul-Gray et font les cent pas à un kilomètre du village. Elles pouvaient difficilement ne pas entendre. Quoi qu’il en soit, deux jours plus tard, à 6 heures du matin, des militaires allemands1 et des cosaques encadrés par les Feldgendarmes de Vesoul cernent le village de Grattery. Toutes les maisons sont fouillées et de chacune d’elles on enlève les postes TSF, les bicyclettes, le numéraire, les bijoux, le linge de valeur et les victuailles. Le butin est aussitôt entassé dans un camion et tous les hommes rassemblés à la sortie du bourg, côté Rupt de Vellemoz. Finalement, après tri, vingt-deux d’entre eux sont mis en état d’arrestation. Puis le convoi initial se sépare en deux colonnes. L’une par Scye va investir Montigny par le plateau, l’autre, par la route du bas, ferme la nasse.

Commémoration 16 juillet 2001 à Montigny les Vesoul
L’ancien maire Maurice GILLOT en compagnie de Pierre GILLOT, Gaston BOUSSARD et Bernard QUICLET, anciens conseillers, devant la plaque du souvenir le 16 juillet 2001.

 
A 10h, l’encerclement est réalisé.
André Perrot, qui cherche à s’enfuir à travers la prairie, est abattu.  Les Allemands procèdent comme ils l’ont fait à Grattery quelques heures plus tôt : pillage et rassemblement des hommes. Conduits face au mur de la propriété Gury, les prisonniers vont rester là, les bras levés, sous le soleil, pendant quatre heures. La ferme Boussard, d’où les officiers allemands prétendent, ce qui est faux, avoir reçu des coups de feu lors de leur arrivée au village, est incendiée. Le feu se communique à la grange d’Aurélien Quiclet. Chez Boussard, on entend distinctement des crépitements qui semblent bien être des explosions de cartouches. Les Allemands hurlent. Ils tiennent déjà un « terroriste » puisque Emile Boussard2 fait partie des personnes arrêtées. Celui-ci, certain maintenant de son sort, tente une évasion mais il est presque aussitôt abattu à la mitrailleuse. Vers 14 heures, le tri ayant été fait, il reste vingt-six prisonniers qui sont poussés dans un car et emmenés, comme ceux de Grattery qui attendaient dans un camion à l’extérieur de Montigny, à la maison d’arrêt de Vesoul. Finalement, après quelques jours ou quelques semaines de captivité entrecoupés d’interrogatoires musclés, quinze sont libérés individuellement mais Constant Langrognet, affaibli par sa captivité, doit être hospitalisé et décède à l’hôpital de Vesoul le 15 août. Henri Pirolley, de Chariez, meurt à la prison de Belfort et les dix autres, déportés et déplacés de camps en camps, ne reverront jamais la France. Les prisonniers de Grattery regagneront également leur village sauf cinq qui vont être déportés et qui décéderont en Allemagne.

Ces arrestations trouvent, de toute évidence, leur source dans le décès des deux militaires allemands le 13 juillet. Pour être déjà intervenus à Grattery à l’automne 1943, les Allemands savent qu’il y a là un nid de résistance. L’exécution sommaire et honteuse d’un couple de vieilles personnes le 26 octobre 1943, les Fleutiaux, n’a pu que renforcer leur conviction. Selon toute vraisemblance, l’opération menée contre Grattery, retardée d’une journée par l’absence pour cause de maladie du lieutenant de la Feldgendarmerie de Vesoul et remplacé au pied levé par son homologue de Lure, a inclus dans ses objectifs Montigny parce que le village venait de se signaler par la manifestation du 14 juillet. Les Allemands ont frappé au hasard, ne détenant aucune liste de suspects. La décision ensuite de déporter ou de libérer résulte évidemment des renseignements obtenus au cours des interrogatoires menés à la prison. C’est là qu’il faut chercher la vérité et non pas chez de supposés dénonciateurs ou bavards qu’aucune enquête menée après la libération n’a permis d’identifier.

Jean-Claude GRANDHAY

1- et non  SS comme il a été déjà écrit.
2- 30 ans, marié, un enfant.

 

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